Il y a quelques semaines, mon frère est mort. Il avait 49 ans et était atteint de plusieurs maladies qui n'ont pas pu être soignées. Dans le meilleur des cas, il aurait pu bénéficier de quelques années de plus, mais pas de miracle. Il a vécu comme un inconscient. Il a trop profité de certains plaisirs de la vie. Mais quand il a su qu'il était condamné il a tout fait pour revivre, il a même tout fait pour changer, découvrant que les gens l'aimaient il s'est enfin mis à les aimer. Un mois avant de mourir, il écrivait même qu'il voulait guérir pour revivre. Son courage ne l'a abandonné que lorsqu'il est rentré à l'hôpital la dernière fois. Je lui ai demandé "Les médecins t'ont-ils dit combien de temps tu resterais ?" Il m'a répondu "Ils m'ont dit : pour toujours". Je n'ai pas su quoi répondre car sur le moment je ne l'ai pas cru. Les médecins ne peuvent pas dire les choses ainsi. Mais peut-être qu'ils lui avaient dit autrement, ou peut être simplement qu'il le savait. Sans reins, et sans possibilités de dialyse, quel espoir ?
D'abord, l'agitation des obsèques et les formalités administratives. Il faut aussi prévenir toute la famille, et chacun y va de sa petite crise.
Après tout ça, dix jours ont passés d'un coup, et on se retrouve chez soi, et enfin on pleure. Seul. Parce que lorsque tout le monde est là, on essaye de ne pas pleurer. Et puis lorsqu'on est seul, on fait tout pour pleurer. On ressort des photos, des courriers. On regarde sur internet l'endroit où il vivait, où il péchait.
C'est à se demander parfois si on ne se complaît pas dans la tristesse et la solitude. Est-ce lié à notre culture qui pleure ses morts ? J'ai entendu dire que dans d'autres cultures, la mort était considérée comme un commencement, une libération, le début d'un voyage, d'une nouvelle vie. Chez nous, c'est la fin. Non seulement pour le défunt mais on se plaît à penser que c'est la fin du monde, que plus rien ne sera comme avant.
L'empathie joue pour beaucoup aussi sur ma tristesse. J'ai toujours été très ému pendant les enterrements (comme tout le monde je suppose). Même si je connais à peine les personnes concernées, je suis triste pour eux de penser qu'ils ont perdu leur maman, leur frère, leur enfant.
Cette fois, ma mère à perdu son fils aîné, moi j'ai perdu mon frère. J'ai l'impression d'être triste pour deux.